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Angèle Bettini : «J'ai toujours cru à la victoire !» La Dépêche du Midi 8/05/2015

Il y a 70 ans, jour pour jour, le 8 mai 1945, le monde entier apprenait la capitulation de l'Allemagne nazie. Angèle Bettini del Rio, 93 ans, l'une des premières résistantes toulousaines se souvient.

Comment avez-vous vécu le 8 mai 1945 ?

J'étais à Toulouse après plusieurs années d'emprisonnements. Après la libération en août 1944, on attendait tous l'annonce de la capitulation allemande. Évidemment, on n'avait pas la télévision à l'époque, alors on était à l'écoute de nos radios et on lisait la presse. On savait que les Russes avaient pris le pas sur les nazis. Avec l'aide des alliés, c'était tout de même une annonce qu'on attendait. Quand on a appris la nouvelle, comme tout le monde, j'ai ressenti une grande joie. La ville était en fête, c'était comme une seconde libération.

Quand avez-vous su que vous alliez gagner la guerre ?

Mais j'ai toujours cru à la victoire ! Et c'est pour ça que je me suis engagée contre tous ce que j'estimais injuste à ce moment-là. Ensuite, bien sûr, avec la libération progressive de la France, la victoire est devenue de plus en plus probable et attendue.

Pour quelles raisons vous êtes vous engagée contre l'occupant ?

Je crois que c'était un peu inné (rires). À 15 ans, j'étais déjà engagée dans les jeunesses communistes et pour les Jeunes filles de France. Ensembles on avait décidé de s'insurger contre Pétain. Vous savez, on m'a qualifié d'insoumise, mais je considère juste que j'ai fait ce que je devais faire. Pour ma part, j'ai malheureusement moins participé aux événements que je l'aurais voulu.

Pourquoi ?

Après le coup des tracts (voir encadré), on a eu des ennuis. Au total, j'ai passé quatre années enfermées pendant cette guerre. Pire, si je compte tous les membres de ma famille, à nous tous, on a cumulé pas loin de 20 ans de prison.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué durant la guerre? Cette guerre a fait beaucoup de dégâts. Mais à titre personnel, j'ai été très touché quand on est venu emmener les juifs de mon camp de rétention vers les camps de la mort. On s'est battu avec la police pour essayer d'empêcher ça, mais évidemment, on a perdu la partie.

On fête aujourd'hui les 70 ans du 8 mai 1945, qu'est ce que ça vous inspire ?

Se dire qu'à l'époque, j'avais 23 et maintenant 93, c'est un sacré coup sur la tête ! (rires) La mairie m'a invité à la cérémonie aujourd'hui, mais je ne pourrai pas m'y rendre, mes proches ne sont pas libres pour m'y amener. ça ne fait rien, d'autres iront à ma place pour témoigner.

Témoigner justement, ça reste important pour vous ?

Bien sûr ! Ma principale activité aujourd'hui c'est justement de transmettre ce que j'ai vécu dans les écoles. Je suis devenue une sorte de conteuse ; j'y vais dès qu'on me le demande. C'est primordial de se souvenir de ce qu'il s'est passé. J'étais d'accord avec Stéphane Hessel quand il disait «Indignez-vous !», mais moi j'irais même jusqu'à dire «Engagez vous !».


Pluie de tracts sur Pétain

Le 5 novembre 1940, Angèle Bettini participe à ce qui reste le premier acte de résistance Toulousain. Avec cinq de ses camarades des jeunesses communistes, ils larguent une centaine de tracts depuis les toits sur le défilé du maréchal Pétain. Sur ces feuilles, on peut lire «la jeunesse ne veut pas du maréchal félon». Depuis 2009, une plaque commémore cet événement au 13 rue d'Alsace-Lorraine.

Recueilli par Simon Verdière

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Angèle Bettini : «J'ai toujours cru à la victoire !» La Dépêche du Midi 8/05/2015